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Dernière modification : 12 juillet 2017

Federico De ROMANIS

Université de Rome « Tor Vergata » (Italie)
Invité de l’AOrOc – automne 2017

Dans e courant de l’automne 2017, le labex TransferS et Jean Trinquier (AOrOc) accueillent Federico De ROMANIS, du Département d’études littéraires, de philosophie et d’histoire de l’art, Université de Rome « Tor Vergata » (Italie).

 

Le commerce du poivre dans l’Antiquité : aspects logistiques, juridiques et économiques

Le commerce du poivre a été dans l’Antiquité, et bien au-delà, l’épine dorsale des échanges commerciaux entre l’océan Indien occidental et la Méditerranée, puis, dans un second temps, l’Europe atlantique. Toute une série de données nouvelles, obtenues grâce à des fouilles archéologiques récentes, grâce aussi à l’entreprise de relecture de textes jusqu’ici mal interprétés et sous-utilisés, a jeté une lumière nouvelle sur le moment initial de la longue histoire de ces rapports entre Inde méridionale et Occident. Mes recherches actuelles se concentrent en particulier sur un document fondamental, le P. Vindob. G 40822, un papyrus fragmentaire de provenance égyptienne qui peut être daté, pour des raisons paléographiques, du IIe s. de notre ère. Le contrat de prêt qui figure au recto ne permet pas seulement de préciser des aspects logistiques cruciaux qui sont propres aux entreprises commerciales directes avec l’Inde méridionale, il éclaire également la procédure de restitution des prêts maritimes, permet de préciser le contexte économique et financier qui a favorisé, depuis Alexandrie, ces entreprises commerciales transocéaniques, et révèle pour finir les solidarités qui se cimentent entre élites financières et cercles commerçants en adaptant les formes traditionnelles du prêt maritime méditerranéen aux spécificités du commerce direct avec l’Inde.

Sur la partie conservée du verso de ce même papyrus figure, à des fins évidemment fiscales et suivant une série de prix conventionnels, le calcul de la valeur monétaire des trois quarts de la cargaison d’un navire, l’Horapollon, de retour d’Inde méridionale. Il s’agit selon toute vraisemblance de l’entreprise commerciale financée par le contrat qui figure sur le recto du papyrus. L’étude attentive des particularités du texte permet de définir dans leurs plus petits détails les mécanismes qui régissent le uectigal maris Rubri, les taxes douanières qui pèsent sur les marchandises en provenance de l’océan Indien et en transit par l’Égypte, marchandises qui représentent une part importante des recettes de l’État romain. D’autre part, la composition de la cargaison de l’Hermapollon, qui comprend du poivre, du malabathrum, du nard gangétique, de l’ivoire (défenses entières et fragments) et probablement aussi de l’écaille de tortue, présente l’intérêt non seulement de révéler une partie des connexions commerciales internes au sous-continent indien, mais aussi et surtout de prouver, avec ses 550 t environ de poivre, les remarquables capacités productives et commerciales de l’antique Limyrike. Cette indication fournie par le papyrus de Vienne permet d’établir des comparaisons avec des moments plus tardifs de la longue histoire du commerce du poivre et, en dernière analyse, d’en proposer une périodisation précise, allant de l’Antiquité jusqu’au début de l’époque moderne.

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