
| Index de l'article |
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| Projet scientifique |
| A - Cultures et périphérie |
| B - Penser en langues et traduire |
| C - Esthétiques de la translation |
| D - Histoire des sciences et décentrement |
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Si l’étude des déplacements culturels contraint à réviser les filiations établies, elle aboutit par là même à réviser nombre de données de l’histoire des sciences, physiques ou humaines. L’accent mis dans les sciences humaines et sociales sur les phénomènes de transfert doit en fin de compte aboutir à un réexamen, sous cet angle spécifique, transnational, de l’histoire des sciences.
La circulation des savoirs est consubstantielle à l'émergence de l'Europe scientifique. Les savoirs anciens de l'espace hellénique et de leurs développements en terre d'islam ont traversé la Méditerranée en tout sens pour s'enrichir, se transformer, puis se christianiser à l'époque médiévale latine. La science que l'on appelle aujourd'hui classique, et qui reste un paradigme profond dans l’organisation des savoirs, prend alors naissance dans la petite Europe (Italie, France, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas) avant de se diffuser à travers l'Europe au sens large. Il est intéressant en particulier d'étudier la circulation des contenus scientifiques d'Europe occidentale vers la Grèce aux XVIIIe et XIXe siècles. Il y a là transfert, reprise et mémoire. A travers ces mobilités conceptuelles se font jour des déplacements sémantiques qui, dans un mouvement de va et vient, nourrissent de nouvelles élaborations conceptuelles.
ne peut manquer de faire appel à une définition des contenus de conscience. La phénoménologie a fourni à cet égard des outils particulièrement efficients. Elle a aussi donné lieu à des réinterprétations créatrices telles que la translation de la phénoménologie d'Allemagne en France. La phénoménologie, une des doctrines philosophiques les plus influentes du XXe siècle, représente un cas typique de transfert culturel. Née au creuset de la philosophie dite "autrichienne" au XIXe siècle (psychologie post-herbartienne), elle a forgé l'identité philosophique allemande de la première moitié du XXe siècle, après le néo-kantisme. Cependant sa réception française, à partir des années 30, a complètement modifié son visage, et on peut dire que, depuis la seconde guerre mondiale, elle est devenue un phénomène largement lié à la diffusion de la pensée française en Europe et dans le monde. D'un autre côté, dans certains de ses développements les plus récents, elle tend à retrouver un contact avec la philosophie anglophone qui contribue à éclairer rétrospectivement les sources communes des deux traditions, « phénoménologique » et « analytique », dans ladite « philosophie autrichienne ».
L’histoire des sciences humaines s’est développée dans des contextes nationaux, or la genèse de nombreuses sciences s’explique par des contacts internationaux dans des carrefours privilégiés (Göttingen, Leipzig, Berlin). L’importation de la philologie allemande en France est un des fils directeurs de l’histoire des sciences de l’Antiquité (de Wolf à Usener). Le transfert de la linguistique posthumboldtienne dans la Russie en train d’élaborer une pensée formaliste est un des grands déplacements scientifiques de la fin XIXe-début XXe. La découverte commune franco-allemande de la culture arabo-turco-persane autour de 1800 , le rôle formateur des institutions parisiennes pour tous les orientalistes européens, constituent encore un exemple de transfert fondateur dans l’histoire des sciences humaines. De Wundt à Franz Boas, l’anthropologie s’est évidemment développée sur des bases transnationales mais elle a aussi servi à les penser. Une étude de la circulation des concepts qui lui servent de base serait une entreprise prioritaire. De même, l’histoire littéraire est à comprendre en fonction des divers contextes nationaux qui lient sa genèse tantôt à la diffusion de modèles formalistes, tantôt à celle de modèles posthégéliens, tantôt enfin en relation avec le socle profond de l’historia literaria, non sans analogie avec la diffusion des concepts structurants de l’histoire de l’art.
Des historiographies transnationales à un retour critique sur les racines du savoir anthropologique, des transferts matériels et culturels à la traduction, l’exploration des conditions d’une mondialisation articulée sur les particularités et leurs contaminations réciproques vise à fournir aux sciences humaines et sociales une nouvelle cohérence commune associée à une nouvelle légitimité sociétale.