
| Index de l'article |
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| Projet scientifique |
| A - Cultures et périphérie |
| B - Penser en langues et traduire |
| C - Esthétiques de la translation |
| D - Histoire des sciences et décentrement |
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Le déplacement d’un espace culturel à l’autre se révèle particulièrement fécond dans le domaine esthétique, que l’on considère dans la longue durée les réseaux d’échanges entre protagonistes de la vie artistique ou les littératures, de plus en plus dominantes, qui résultent d’un métissage. L’histoire de certains arts (cinéma par exemple) est une histoire de transferts culturels, catégorie qui garde sa pertinence pour l’historiographie de l’art.
Espace virtuel transcendant les entités territoriales et réunissant une communauté à travers des traces écrites, la République des lettres, à laquelle le modèle actuel du réseau décentré confère une évidente modernité, est la forme première d’échange entre érudits européens, de constitution d’un réseau transnational faisant circuler et modifiant des informations sur l’exégèse, la philosophie, la politique. L’étude de la res publica literaria constitue un élément important de la recherche sur les translations du savoir à travers l’Europe. Son étude éclaire la genèse d’un espace intellectuel global.
La conception des types monumentaux dans l’Antiquité et leur rôle dans les processus d’acculturation des territoires conquis constitue un domaine désormais bien exploré. En revanche, les modalités techniques de leur diffusion restent encore un terrain riche d’analyse. Ainsi, la circulation d'équipes itinérantes spécialisées et l'existence de "cartons" peuvent être mis en évidence. Certains dispositifs constructifs sont élaborés sur le sol italien puis appliqués dans les provinces par les maîtres d'œuvre. Mais cette vision unilatérale doit être nuancée, car on perçoit aussi, en retour, le rôle des innovations techniques dans les provinces (Afrique, Gaule) et leur introduction en Italie et dans d'autres régions de l'empire. Cette réflexion sur les modèles architecturaux soulève donc plusieurs questions : la transmission des savoirs, la diffusion des techniques et leur cartographie sur un large territoire (cf projet Equipex), la circulation des hommes de métiers, la réception par les commanditaires et les usagers.
Même les œuvres singulières s’enracinent souvent dans une interculturalité qui leur donne une dimension de globalité. Il est devenu essentiel de déterminer les enjeux du multilinguisme dans l’approche génétique de la création littéraire. Il convient à cette fin d’élaborer les outils d’analyse des manuscrits multilingues, de définir l’approche théorique du multilinguisme dans la création, de cerner l’articulation entre les langues pratiquées par un écrivain et son travail d’élaboration stylistique. Un exemple parmi d’autres est fourni par les manuscrits de Nabokov, le rôle qu’y jouent les différentes langues qu’il pratiquait. Ici encore le système des variantes plurilingues ne peut s’aborder de manière adéquate que sur la base de l’édition électronique et de la numérisation des variantes de genèse (projet Optima).
Sans plurilinguisme une littérature peut naître d’emblée dans une langue d’emprunt. L’histoire des littératures née hors des frontières et utilisant le véhicule linguistique de la métropole est encore lacunaire, en particulier dans le cas de la francophonie. Comment s’équilibrent les tendances centrifuges et centripètes dans l’écriture d’auteurs implantés dans une périphérie de l’espace littéraire français et souvent acculturés dans une autre langue ? Qu’apporte cette expérience à la compréhension du passage entre les langues, de leur contact ? Transposée au domaine anglophone et notamment aux littératures indiennes de langue anglaise la question de la francophonie littéraire prend la forme du postcolonialisme, lui-même héritier en partie de l’histoire coloniale, en partie de la « french theory ». Ce type d’interrogation trop longtemps absent des institutions académiques en France est une partie intégrante de toute réflexion sur la mondialisation envisagée sous la catégorie du particulier.
Les translations fondatrices concernent aussi les arts. Des cinéastes et écrivains ayant émigré pour des raisons diverses, souvent politiques, d’Europe germanique vers les Etats Unis le film d’Hollywood, pure cristallisation de l’industrie culturelle de masse, peut être considérée comme un transfert culturel. De façon générale la création cinématographique croise volontiers les traditions culturelles. Le cinéma d’Amos Gitaï, par exemple, utilise plusieurs langues qui se succèdent au cours de la genèse du film et les dossiers papiers comme les documents enregistrés permettent de mesurer quel impact l’hébreu, l’anglais, le français peuvent avoir sur les arbitrages de la création. Dans le domaine des études théâtrales, on peut parallèlement observer l’essaimage européen de théories initialement ancrées dans un contexte bien défini, par exemple la circulation durant le XXe siècle des théories russes de l'acteur. Parfois le transfert culturel est complété par un transfert de genre (passage du vecteur de l’écriture au cinéma).
De façon plus générale encore, l’histoire de l’art impose fréquemment des catégories herméneutiques allemandes ou anglaises à des objets d’art ressortissant à une culture extérieure comme par exemple l’Italie renaissante. Elle observe l’éclosion de sensibilités globales (histoire des avant-gardes). Elle observe, complétant les approches anthropologiques, la naissance de formes métissées dans les sociétés modernes ou traditionnelles.