
| Index de l'article |
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| Projet scientifique |
| A - Cultures et périphérie |
| B - Penser en langues et traduire |
| C - Esthétiques de la translation |
| D - Histoire des sciences et décentrement |
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Un second volet, constituant le prolongement réflexif du premier, traite le phénomène de la circulation, de l’importation et de l’appropriation linguistique et discursive des configurations intellectuelles. Il s’agit de montrer ce que signifie, pour des constructions philosophiques et linguistiques, la différence des langues et le choix de leur pluralité dans les échanges. Le passage d’une langue à l’autre, du découpage et de la conceptualité que chacune induit à une autre, ne s’effectue pas systématiquement, par le recours à d’éventuels universaux de pensée, mais s’opère souvent par le biais des traductions. On envisagera également la traduction du point de vue de son incidence sur l’histoire culturelle. Partant de l’Antiquité, cet aspect du projet vise à montrer la constitution progressive, sur la base des traductions dans l’espace européen, d’une globalité culturelle. Il proposera des interactions précises avec le monde de éditorial, privé et public.
On étudiera sur ces symptômes que sont les intraduisibles l’impact de la différence des langues sur la philosophie en Europe. La numérisation du Vocabulaire européen des philosophies et de ses traductions, s’avère ici un outil d’invention ouvrant sur un modèle alternatif de traduction assistée . Chaque traduction en langue fixe une terminologie. Mais celle-ci est susceptible d’être plus ou moins flottante pour des raisons culturelles, historiques et politiques interférant avec un sentiment national, au plus loin d’un nivellement par le global english. Les « présocratiques latins », c’est-à-dire l’incidence de la latinitas sur les présocratiques grecs, les traductions et les commentaires de la métaphysique d'Aristote, en particulier leur passage par l’arabe, fournissent des exemples d’inventions sémantiques liés au parcours même des traditions reconstruites. Dans la littérature latine elle-même, un genre entier, celui de l'histoire romaine, apparaît d'abord rédigé en grec, avant que la transplantation du modèle littéraire grec se fasse dans la langue locale et aboutisse à la canonisation, selon ce modèle étranger mais désormais en latin, de la mémoire nationale. L'étude des transferts culturels débouche nécessairement sur la question philosophique de la pluralité et de la diversité des langues, qu'elle l'aborde sous l'angle de leur héritage et de leur transmission, de la promesse dont l'une et l'autre sont investies, et, plus généralement, des enjeux politiques liés à chacune de ces questions.
L’étude de la tension entre les « universaux » des langues s’articule du point de vue de la théorie linguistique en diverses pistes de recherche. On mesurera l’impact du facteur spatial sur le langage et en particulier sur l’évolution linguistique à travers les variantes de la subjectification et de la grammaticalisation. L’étude des expressions de sens spatial sera abordée à travers l’analyse en synchronie et en diachronie des expressions (adverbes, pronoms, groupes prépositionnels etc) de sens spatial en français, à travers l’étude de leur évolution vers des valeurs temporelles et des valeurs plus abstraites. Elles fonctionnent alors comme modalisateurs, comme connecteurs, comme marqueurs de changement de topique et comme organisateurs de discours, comme l’indique la comparaison de ces évolutions avec celles observables dans d'autres langues. L'expression de la comparaison dans les langues sera analysée à partir d’une étude typologique de la diversité des modes d'expression linguistique de la comparaison standard d'égalité et d'inégalité, et de leurs corrélats cognitifs, et par le biais d’une étude contrastive de la comparaison épistémique, notamment en français et en hongrois. La numérisation permet ici de cerner les basses fréquences d’un phénomène et son évolution.
L’histoire des traductions n’a jamais été envisagée sous l’angle de sa contribution à une globalité culturelle. Combler cette lacune implique notamment: l’évaluation statistique des flux de traductions des ouvrages relevant des Belles-Lettres entre plusieurs langues européennes ; la cartographie des circuits de traduction ; la mesure de l’impact culturel et intellectuel de ces importations et exportations ; la répartition et l’évolution des genres selon les domaines linguistiques. La mesure de la circulation des œuvres théâtrales ne peut se faire seulement à partir des textes imprimés, mais doit l’être à partir des adaptations, reprises d’œuvres étrangères dans les répertoires des principaux théâtres européens. Sera mise en place, évidemment sur support numérique, une base de données des traducteurs rassemblant des indications biographiques éclairant les circuits de traduction à l’œuvre. On visera même la constitution d'une liste d'ouvrages à traduire comme caractéristiques d’une langue et/ou d’une culture. Cette enquête prendra en compte chaque langue d’Europe ou constitutive d’Europe (le grec, latin, arabe, hébreu étant évidemment partie prenante).