
| Index de l'article |
|---|
| Colloque "Circulations historiographiques et comparaison des méthodes : changements d'échelles dans l'histoire de la Shoah" |
| Détail du projet de colloque (2011) |
| Toutes les pages |
Ce projet faisait suite aux journées d’études organisées par l’IHMC les 9 et 10 juin 2011, et intitulées « Changer d’échelle pour renouveler l’histoire de la Shoah. Approches monographiques et prosopographiques », qui ont donné lieu à la publication sous la direction de Claire Zalc, aux éditions du Seuil, d’une livraison de la revue Le Genre humain en septembre 2012.
Tout en questionnant la spécificité de la focale « micro » sur plusieurs types de terrains (étude des trajectoires d’une ou plusieurs familles, suivis de convois, histoires d’un ghetto, d’un camp, d’une ville, d’une région…) et ses apports dans la compréhension de l’histoire des persécutions, nous y avions également constaté la nécessité de disposer de comparaisons plus nombreuses et plus riches avec d’autres terrains européens de mise en œuvre de la Shoah. La démarche nous était apparue insuffisante : il fallait, pour aborder les différentes historiographies nationales sur ces approches, et pour éprouver les circulations historiographiques, étendre le spectre d’analyse bien au-delà des frontières françaises et européennes de l’espace académique.
Le colloque qu'il a permis d'organiser, intitulé Changer d’échelle pour renouveler l’histoire de la Shoah / Changing Scale. Exploring the micro history of the Holocaust a suivi l'appel à communications diffusé en janvier 2012. 150 propositions de communication venues de 22 pays différents ont été reçues. Une sélection parmi elle a été établie par un comité d’organisation composé de Tal Bruttmann (Ville de Grenoble), Ivan Ermakoff (Université de Madison), Nicolas Mariot (CNRS) et moi-même (IHMC). Mais nous avons également sollicité les conseils du comité scientifique pour l’occasion, composé d’Annette Wieviorka (CNRS), Maurice Olender (EHESS), Jan Grabowski (Université d’Ottawa), Jan Gross (Université de Princeton), Dieter Pohl (Université de Klagenfurt) et Omer Bartov(Brown University). Il a fallu décider de passer des deux jours initialement prévus à trois journées, avec une session dédoublée, se mettre en quête des financements conséquents, pour parvenir, finalement, à un programme ambitieux, qui a réuni 47 contributeurs venus de 11 pays différents.
Considérant que la microhistoire n’est pas de l’histoire locale, le comité a privilégié les propositions qui prenaient en compte le jeu entre les différentes échelles. Les différentes communications ont contribué à se déprendre du schéma labroussien où la synthèse historique serait formée de l’agrégation de parties monographiques, accumulées comme autant de pièces d’un puzzle. Nous nous inscrivons en outre dans un temps historiographique singulier : d’une part, les survivants ne sont souvent plus là pour pouvoir raconter leurs parcours, « l’ère du témoin » (A. Wieviorka) touche à sa fin. D’autre part, les archives ont fait l’objet d’ouvertures impressionnantes, sous l’influence de changements politiques internationaux – les années 1990 et la fin des régimes communistes –, nationaux – la mission Mattéoli en France et ses suites– mais également sous celle de politiques mémorielles – ainsi par exemple de la numérisation massive des fonds de l’International Tracing Service par l’United States Holocaust Memorial Museum (USHMM) de Washington à partir de 2007. Ces raisons engendrent une modification des points de vue qui rend possible de nouvelles approches. L’enjeu est de taille dans l’écriture comme dans la transmission de l’histoire de la Shoah car les témoins sont de moins en moins nombreux pour témoigner. Mais il l’est également par le renouvellement des connaissances que porte en lui ce changement d’optique. Les intervenants sont revenus en détail durant ces trois jours sur les apports et difficultés liés à ces renouvellements de connaissance : que faire quand les témoignages sur un même fait divergent ? Comment utiliser les sources archivistiques produites dans un contexte de persécution ?
Du point de vue de la communication, les débats furent enregistrés et filmés pendant la première journée à l’ENS dans le cadre du partenariat avec le pôle Communication de l'École normale supérieure. Une émission de « La Fabrique de l’histoire », France Culture, fut consacrée à la manifestation la semaine précédant le colloque, le 29 novembre 2012 (9-10h).